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Quel vin avec quelle viande : le guide des accords qui fonctionnent

« Viande rouge, vin rouge » est un raccourci qui fonctionne une fois sur deux. Il rate systématiquement dès qu’une sauce entre en jeu, et il devient franchement mauvais sur les cuissons longues.

L’accord se construit sur trois éléments : la puissance du plat, sa texture en bouche, et la sauce qui l’accompagne. L’espèce animale n’arrive qu’en quatrième position.

La logique en trois questions

Quelle est la puissance du plat ? Un carpaccio de bœuf et une joue mijotée quatre heures sont tous deux du bœuf, avec deux intensités sans rapport. Un vin doit être au niveau du plat, ni au-dessus, ni en dessous. Un vin trop puissant écrase une viande délicate, un vin trop léger disparaît derrière un plat mijoté.

Quelle est la texture ? Une viande grasse et fondante appelle des tanins, qui viennent trancher dans le gras et nettoyer le palais. Une viande maigre et serrée souffre des tanins, qui accentuent sa sécheresse.

Quelle est la sauce ? C’est souvent l’élément dominant. Une sauce au poivre, une sauce au vin rouge, une crème et un jus d’herbes n’appellent pas les mêmes vins, quelle que soit la viande en dessous.

Bœuf

Grillé, saignant, sans sauce. La viande est puissante mais nette, le gras fondu appelle des tanins. Les bordeaux du Médoc et de Saint-Émilion fonctionnent, les cahors et madirans du Sud-Ouest aussi, les côtes-du-rhône septentrionaux également. Sur une côte de bœuf longuement maturée, au goût très développé, montez en puissance sans crainte.

En sauce au vin rouge, bourguignon, daube. La cuisson longue a fondu les tanins de la viande, le plat est rond. Un vin de la même région que la recette marche presque toujours : un bourgogne rouge sur un bourguignon, un côtes-du-rhône sur une daube. Le principe qui veut qu’on serve le vin qui a servi à cuisiner reste un bon repère.

Tartare, carpaccio. Viande crue, texture souple, souvent des condiments acides. Les tanins sont ici de trop. Un beaujolais, un chinon, un vin de Loire léger et frais tiendra mieux.

Agneau

L’agneau a un gras au goût très marqué qui n’appelle pas les mêmes vins que le bœuf.

Gigot rôti, carré. Les bordeaux fonctionnent parfaitement, et c’est l’un des accords les plus solides qui existent. Un pauillac sur un agneau rôti reste une valeur sûre.

Épaule confite, tajine, cuisson longue. Le plat devient sucré-épicé, plus rond. Les vins du Languedoc et du Roussillon, plus généreux et moins tanniques, prennent l’avantage.

Agneau de lait, côtelettes délicates. Ne l’écrasez pas. Un rouge léger, voire un blanc riche du Rhône, fonctionne mieux qu’un tanin puissant.

Porc

Le porc est le cas où le rouge automatique se trompe le plus souvent.

Rôti, filet mignon, côte. Viande blanche relativement neutre. Un blanc riche, chardonnay de Bourgogne ou vin d’Alsace, l’accompagne mieux que la plupart des rouges. Si vous restez sur du rouge, choisissez léger et fruité.

Travers laqués, cuisson longue, sauce sucrée. Le sucre appelle du fruit et de la rondeur. Un rouge du Sud, un grenache, ou un blanc légèrement moelleux.

Charcuterie et jambon sec. Le sel et le gras appellent de la fraîcheur et de l’acidité, pas des tanins. Un blanc vif, un rosé sérieux, ou un rouge léger servi frais autour de 14 °C.

Volaille

Poulet rôti. Un chardonnay travaillé, un vin d’Alsace, ou un rouge léger. La peau croustillante et le gras du jus appellent un peu de matière.

Volaille en sauce crémée. Blanc gras et un peu boisé, sans hésitation.

Canard, magret. C’est une viande rouge, malgré la famille. Le magret saignant supporte les rouges structurés, et l’accord avec les vins du Sud-Ouest, madiran ou cahors, est un classique régional qui tient parfaitement.

Canard aux fruits, sauce à l’orange. Le sucre change tout. Un rouge fruité, ou un vin doux naturel sur les préparations les plus sucrées.

Le tableau de secours

PlatDirectionExemples de régions
Bœuf grillé, saignantRouge tanniqueMédoc, Cahors, Madiran, Côte-Rôtie
Bœuf mijotéRouge rond, soupleBourgogne, Côtes-du-Rhône
Tartare, carpaccioRouge léger, fraisBeaujolais, Loire
Agneau rôtiRouge structuréBordeaux, Bandol
Agneau confit, épicéRouge généreuxLanguedoc, Roussillon
Porc rôtiBlanc richeBourgogne, Alsace
Travers laquésRouge fruité, du SudGrenache, Côtes-du-Rhône
CharcuterieBlanc vif ou rouge servi fraisSavoie, Jura, Loire
Poulet rôtiBlanc travailléChardonnay, Alsace
Magret saignantRouge du Sud-OuestMadiran, Cahors
GibierRouge puissant et évoluéRhône Nord, Bourgogne mûr

Les trois erreurs les plus courantes

Servir le rouge trop chaud. La température ambiante d’un salon en hiver tourne autour de 21 °C. À cette température, l’alcool domine et les tanins durcissent. La plupart des rouges se servent entre 15 et 18 °C, les plus légers autour de 14 °C. Un quart d’heure au réfrigérateur avant de passer à table corrige beaucoup de choses.

Oublier la sauce. Une sauce au poivre bien relevée écrase un vin délicat, quelle que soit la viande. Une sauce à la crème demande un blanc, même sur un plat de bœuf.

Vouloir un vin plus puissant que le plat. Un grand vin très structuré sur une viande simple donne l’impression que le plat a disparu. L’accord n’est pas un concours de puissance.

Pour choisir la pièce avant de choisir la bouteille, notre guide des morceaux du bœuf et notre méthode de cuisson de la côte de bœuf sont un bon point de départ.